Peut-on empêcher un agent de sécurité privée de porter une barbe ? L’article R631-27 du Code de la sécurité intérieure est clair. Il interdit aux agents de sécurité « toute discrimination, c’est-à-dire toute distinction fondée notamment sur l’origine, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l’apparence physique ». Les employeurs sont également tenus de respecter cette obligation.
Toute décision prise par une entreprise doit pouvoir être justifiée et tracée. Par exemple, si une société impose un dress code, il doit être clairement inscrit dans le règlement intérieur. De même, si une entreprise change un salarié de poste pour des raisons purement techniques, elle doit être en mesure de le prouver. Faute de justifications claires et documentées, l’entreprise s’expose à un vrai risque en cas de litige.
Le port de barbe : entre discrimination et raisons de sécurité
Le 11 décembre 2025, un arrêt de la Cour d’appel de Grenoble avait retenu la discrimination. Embauché en 2018, un agent de sécurité portait une barbe. Son contrait stipulait qu’il pouvait travailler « de jour comme de nuit ». Or, tout au long de sa relation professionnelle, il a travaillé la nuit durant plus de trois ans. Il a été le seul agent de sécurité à ne travailler que la nuit malgré cette spécificité dans son contrat de travail. Ses collègues dénoncent que le client ne voulait pas le voir la journée en raison de « sa très longue barbe considérée islamiste ». La discrimination a été établie par la Cour et l’entreprise condamnée.
L’employeur est bien en peine de justifier pourquoi cet agent de sécurité devrait travailler uniquement de nuit. D’autant que son contrat précise noir sur blanc un travail « de jour comme de nuit », et que ses collègues, eux, alternent sans problème. Sa barbe ne l’empêche en rien de faire son travail. Le mettre ainsi à l’écart la nuit est donc clairement une discrimination fondée sur son apparence et sur des préjugés religieux.
Réalité différente sur le terrain
Sur le terrain, en revanche, la réalité est différente. Certains clients attendent et imposent des critères d’apparence stricts aux agents de sécurité. Cela peut concerner le port d’une barbe. S’affranchir de cette exigence fait courir le risque, pour certaines entreprises de sécurité privée, de perdre un contrat. S’y soumettre sans justification objective, c’est prendre le risque d’être condamné pour discrimination.
Pour les agents, il faut savoir faire la part des choses entre une contrainte justifiée et de la discrimination. Un employeur peut tout à fait demander à un salarié de se raser pour des raisons de sécurité, par exemple pour porter un masque de protection. En revanche, il n’a pas le droit de le reléguer au service de nuit sous prétexte que sa barbe déplaît à un client.









