Une activité en croissance : signe des temps ?
En constante augmentation, l’activité de la Miviludes se traduit par une forte hausse des signalements, le double en 10 ans. Alors que les signalements et demandes d’informations étaient au nombre de 2160 en 2015, ils ont atteint le nombre de 4571 en 2024. Les thématiques principales abordés lors de ces signalements ou demandes d’informations sont liés en majorité à la catégorie « santé et bien-être », ainsi que « cultes et spiritualités », viennent ensuite les « formations, emploi et finances » et « complotisme, séparatisme et autres formes d’engagement radical », comme le survivalisme par exemple.
Ces thématiques représentent le témoignage direct d’une défiance vis-à-vis de la société et de ses fondements, et le risque que ces éléments puissent se radicaliser dans une forme violente à l’image du terrorisme islamiste ou du survivalisme.
Le domaine de la santé et du bien-être en première ligne
Le rapport de la Miviludes s’inscrit aussi dans le sillage de la pandémie de covid, sujet de toutes les controverses politiques, scientifiques, et en proie aux critiques et aux doutes d’un certain nombre de groupes et d’associations.
Le rôle de la Miviludes est d’analyser le fonctionnement pour mieux éviter les conséquences car « les effets des dérives sectaires sont multiples : ruptures avec l’environnement d’origine, altération de la santé mentale, pour les plus jeunes, perte de chance de s’instruire et de se développer harmonieusement, prédations financières, sexuelles, perte d’autonomie, détournement des parcours de soins, qui peuvent parfois provoquer des décès », souligne Donatien Le Vaillant, chef de la Miviludes.
De nombreux mineurs parmi les victimes
19% des signalements ou demandes d’informations reçues par la Miviludes concernent des mineurs. Plus vulnérables que les personnes majeures, ils sont un indicateur de la situation de la société, comme le rappelle le ministre Buffet qui pointe « [les] risques encourus par les mineurs, parce que leur développement social, affectif et matériel est encore inachevé et qu’ils sont plus perméables aux discours relayés sur les réseaux sociaux ».
« Les mineurs constituent un public vulnérable et sont ainsi une cible privilégiée des mouvements susceptibles de dérives sectaires », même s’il existe différentes formes de danger en fonction du profil. « […] Les situations des mineurs sont différentes en fonction de leur âge et du contexte de l’emprise sectaire. La Miviludes en distingue trois types : les enfants de parents adeptes, les enfants pris en charge par des tiers, les adolescents séduits par des discours radicaux et exclusifs ».
Les religions et ses dérives
La Miviludes s’intéresse particulièrement à l’éducation et à la religion comme cheval de Troie des comportements d’emprise, en faisant une distinction claire entre la religion et son instrumentalisation, dans un contexte de laïcité républicaine. « Ce ne sont pas les croyances elles-mêmes, mais leur instrumentalisation, à des fins de manipulation, qui caractérise les dérives sectaires à l’origine de ces préjudices. Ces croyances ne sont en réalité qu’une façade, une simple porte d’entrée permettant au mécanisme sectaire de s’imposer : il s’agit d’assujettir l’adepte ». Le rapport pointe le risque de médecine parallèle, non-reconnue officiellement, notamment dans la religion musulmane. « Un domaine cependant reste dans le champ de compétence de la Miviludes : la médecine prophétique […] ». Il s’agit d’ « une pratique de soins non conventionnelle (PSNC), qui fait régulièrement l’objet de signalements, […]. Elle comprend notamment la « Rokya » et la « Hijama », pratiques qui ne sont pas reconnues scientifiquement et ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale ».
Qu’il s’agisse de médecine, d’emprise sectaire, de complotisme ou de radicalisation, les dérives sont nombreuses au sein de la société. Toutefois, les alertes relayées par le rapport de la Miviludes ne doivent pas venir entraver les libertés individuelles mais doivent permettre de maintenir la cohésion sociale et le respect de la loi, en toute circonstance.
Simon DOUAGLIN









