L’affaire Gemplus : le « Camerone » de l’intelligence économique ?

L’affaire Gemplus : le « Camerone » de l’intelligence économique ?

par | Innovation/international, Sécurité générale, Services de renseignement

Prédation technologique & intelligence économique. L’affaire était dans l’oubli et est ressortie à la faveur d’une vidéo réalisée par le youtubeur Micode, spécialisé dans les nouvelles technologies. Par une vidéo, sobrement intitulée « Le complot le plus grave de la tech française », sous forme de reportage, le jeune youtubeur rappelle le procédé : une entreprise technologique française achetée par des fonds américains, permettant d’obtenir des technologies uniques et des bases de données. Si l’affaire en rappelle d’autres, elle semble être la matrice de toutes celles qui vont suivre. Au coeur de cette affaire, Marc Lassus, entrepreneur de génie mais grand Français, oublié.

La grenouille et le bœuf

Gemplus, entreprise spécialisée dans la fabrication de cartes à puces, était stratégique à deux titres : par son importante base de données et par une technologie inégalée à l’échelle mondiale, qui avait des applications stratégiques dans les domaines des télécommunications et du secteur bancaire.

Plongée dans le jeu économique, l’entreprise a tenté de conquérir de nouveaux marchés et de promouvoir sa technologie sur de nouveaux continents mais elle ne parvenait pas à conquérir le marché américain. Progressivement, de nouveaux actionnaires sont entrés au capital, jusqu’à l’arrivée d’un actionnaire américain, qui devait permettre à Gemplus d’entrer sur le marché américain, pourtant rien ne s’est passé comme prévu. Les nouveaux actionnaires américains ont profité de leur arrivée au capital pour engager un bras de fer avec les dirigeants fondateurs.

Les Américains en embuscade

Les Américains ont réussi à devenir actionnaires mais cela ne leur suffisait pas, pour prendre le contrôle total de l’entreprise et des technologies, il fallait encore en évincer les dirigeants fondateurs, Marc Lassus en premier lieu, qui en fit les frais sur le plan personnel. Une campagne fut ainsi lancée contre lui, afin qu’il quitte définitivement ses fonctions.

Le fonds TPG, Texas pacific group, est aujourd’hui connu comme un fonds d’investissement de la CIA et qui vise à obtenir des parts dans des entreprises stratégiques à travers le monde. Face à la CIA et à ces mesures déloyales, un entrepreneur français se trouve bien dépourvu, à l’image de Frédéric Pierucci, ancien cadre de chez Alstom, emprisonné aux États-Unis dans cette autre affaire d’intelligence économique. Une fois le fondateur de Gemplus évincé et les actionnaires américains maîtres à bord, les technologies et les données ont pu être aspirées librement, au détriment des intérêts français.

Riposte française

Face à cette offensive américaine sur une pépite française, Marc Lassus a tenté une riposte tricolore, avec le soutien de la famille Dassault, qui est entrée au capital mais c’était sans compter le retournement d’un actionnaire important. Dans cette offensive, les Américains ont pu recevoir le soutien de leurs alliés allemands de la famille Quandt, actionnaires à hauteur de 20% de Gemplus. Ce retournement a signé la défaite définitive du camp français.

Cette affaire Gemplus brille aussi par l’absence de soutien de la part des services français. Qu’il s’agisse de l’affaire Gemplus ou de l’affaire Alstom, il aurait été légitime d’imaginer un soutien des entreprises françaises, par les services économiques et politiques français, comme le font le Departement of Justice ou les services de renseignement américain pour les entreprises américaines. Que nenni.

L’action de Marc Lassus était-elle guidée par l’appât du gain ? La vente de Gemplus relève-t-elle d’une volonté de réaliser du profit ? C’est la thèse de certains analystes. En tout cas, comme à Camerone, la riposte française n’aura pas suffi à inverser la tendance et à sauver cette technologie purement française.

Marc Lassus s’est confié sur cette histoire au sein de son ouvrage : La puce et le morpion, Les dessous du raid de la CIA sur la première licorne française, par Bruno Charlaix et Marc Lassus.

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