De la BAC à la formation de la police brésilienne

12 juillet 2025 | Sécurité générale

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De la BAC à la formation de la police brésilienne

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Ancien policier de la BAC d’Argenteuil, Alexandre Vigier est formateur pour la police brésilienne. Le tir est une discipline majeure pour laquelle il faut consacrer du temps et de l’entrainement. Amené en Amérique du Sud pour raisons familiales, le policier actuellement en disponibilité, a finalement mis ses compétences au service de la police brésilienne. Faut-il voir une convergence entre la criminalité brésilienne et française ? Une convergence entre les méthodes de tir françaises et sud-américaines ? La France est-elle en voix de mexicanisation ? Réponses avec Alexandre Vigier.

Formation tous azimuts

Alexandre Vigier, ancien policier de la BAC et instructeur de tir en France, est aussi réputé pour ses certifications en tir, notamment américaines. « J’ai eu les médailles d’expert en tir pistolet et en tir fusil de la Navy Américaine. J’ai aussi eu les brevets d’expert en tir pistolet, carabine et fusil d’assaut de l’Armée américaine. En France, j’ai passé le brevet opérateur SWAT à l’académie INDRA lors de la session 2017, une vingtaine de militaires et de policiers français ont la chance d’y participer », explique le policier.

« On apprend des techniques américaines qui ne pourraient pas se faire en France car elles répondent à leur cadre législation, mais c’est intéressant et c’est toujours bien de disposer de différentes techniques dans sa boîte à outils. » Ces compétences ont été précieuses pour former les forces de l’ordre brésilienne et une unité militaire argentine. « Je n’ai pas formé d’unité nord-américaine mais beaucoup d’unités sud-américaines », confie-t-il.

Former la police brésilienne

Arrivé au Brésil pour des raisons familiales, Alexandre Vigier s’est rapidement rapproché des membres des forces de l’ordre sur place. « Grâce à des connaissances, j’étais souvent rendu au commissariat, j’assistais à des interrogatoires, et ils m’emmenaient parfois en interpellation. Lors d’une intervention musclée, suite au contrôle de deux individus, nous avons été amenés à faire un retex de l’intervention. Ensuite, j’ai fait une session de tir avec leur unité, quand une panne s’est déclarée sur mon arme. La panne a rapidement été résolue par la technique du tap-rack et les opérateurs étaient tous interloqués par cette technique, ce qui a donné lieu à de nouvelles sessions d’exercices, portant notamment sur le drill d’échec à la tête : deux balles dans la bouteille et une balle dans la tête. »

Ces exercices à répétition ont eu des conséquences graves sur le terrain. « 3 ou 4 semaines plus tard, un des collègues a abattu un braqueur de fourgon, à la suite de quoi j’ai été convoqué au commissariat. Je m’attendais à une sanction et même à devoir rester au commissariat mais ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé, le commissaire m’a très bien reçu et il souhaitait me féliciter pour avoir apporté ma contribution. C’est à ce moment là qu’il ma proposé d’organiser une session de formation de tir pour les officiers. »

Toute cette histoire a amené Alexandre Vigier, policier de la BAC, à créer sa société et à former les policiers brésiliens jusqu’à un événement politique majeur dans le pays. « Depuis l’élection de Lula, tout a changé car la vente d’arme et de munition a été interdite, de même que les formations pour les civils et l’annulation des ports d’arme que je possédais. » 

Cette renommée de la « méthode d’entrainement Vigier », acquise auprès des forces de l’ordre brésilienne, a été mise au service d’un autre pays de la région. « En ce qui concerne la formation au sein de l’armée argentine, le gouvernement du pays est entré officiellement en contact avec moi sur recommandation du préfet de la ville où j’habite, pour former leurs instructeurs de la force aérienne et de l’armée de terre du 57erégiment d’infanterie mécanisée de la Plata. »

Cet exemple de formations à la fois en Amérique du Nord, aux Etats-Unis, puis en Argentine et au Brésil montre l’importance de partager les techniques d’intervention car il est important de se nourrir des retours de terrain. Cet apprentissage s’accompagne aussi d’un regard plus affuté sur la situation française. Les policiers français disposent de bonnes techniques et d’une solide formation mais qu’en est-il de la réalité du terrain en France ? Ces techniques sont-elles adaptées à la violence du terrain ? Peut-on assimiler la situation française à la situation sud-américaine ?

La France en voie de « mexicanisation » ?

L ‘évolution de la violence en France, notamment sur fond de trafic de stupéfiants, pose la question de l’avenir de la sécurité publique. « La France semble plus proche d’un modèle italien de la violence – une italianisation– plutôt que d’une mexicanisation car les systèmes mafieux en France ont pris exemple sur la mafia italienne, c’est-à-dire de petits groupes, des petites unités qui s’affrontent tandis que le modèle sud-américain de manière générale et brésilien, en particulier, repose sur des gangs, factions ou cartels qui disposent de moyens colossaux, des uniformes, des véhicules siglés, de véritables armées privées, disposant même du soutien d’hommes politiques haut placés », constate Alexandre Vigier.

Alors que certains quartiers deviennent déjà inaccessibles, la France « pourrait suivre le modèle de favélisation, c’est-à-dire une transformation de certains quartiers accompagnés d’un développement de la pauvreté », partage Alexandre Vigier. Et cette pauvreté favorise un développement accru de la violence. « C’est pourquoi la police brésilienne intervient régulièrement dans les écoles pour expliquer aux enfants l’importance de ne pas tomber dans la drogue, de respecter la police et de ne pas sombrer dans le trafic. »

Ce double regard à la fois sur la situation de la police française et brésilienne, ainsi que sur les différents types de violences, permettent de mieux appréhender l’évolution de la situation en France et notamment en rapport avec le trafic de stupéfiants. Si la France était confrontée à une violence contenue, ne risque-t-elle pas de glisser vers une situation à la mexicaine, appuyée par un fort développement du narcotrafic ?

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