Changements américains et ordre international
Difficile de comprendre la politique étrangère américaine tant les changements sont rapides mais pour Jonathan Alpeyrie, la situation est claire, il s’agit d’une « consolidation de la zone entre le nord de l’Amérique latine jusqu’au Groenland en passant par les Caraïbes, on voit que l’Amérique est en train de recentrer ses forces par rapport aux moyens dont elle dispose et qui sont des moyens plus faibles que ceux dont les Etats-Unis disposaient il y a 20 ou 25 ans », explique le spécialiste de la zone. Le pays reste « un pouvoir assez hégémonique de manière mondiale mais avec maintenant plus de restrictions ».
Les changements sur le continent américain sont le symptôme d’un mouvement international de retour du rapport de force. « Nous rentrons dans une période plus westphalienne, période pendant laquelle les États-nations recentrent leurs efforts au service de leurs intérêts. On voit bien que la Russie fait la même chose en Ukraine et dans le Caucase ou la Chine en mer de Chine et Taiwan et au sud de l’Asie. L’Arabie Saoudite fait pareil au Moyen-Orient, ainsi que l’Iran et la Turquie. »
Face à ces changements mondiaux, « je rajouterais un bémol sur le fait que l’Union européenne est probablement la seule zone mondiale où les dirigeants font le contraire et restent dans un libéralisme total qu’il soit économique ou politique. Donc l’erreur évidemment est totale ».
Routes de la drogue
En ce qui concerne la capture de Nicolas Maduro au Venezuela, par les États-Unis de Trump, on retrouve les enjeux géopolitiques intimement liés aux routes de la drogue. « Le Venezuela n’est qu’une pièce parmi d’autres du puzzle, avec d’autres qui vont être mises en place évidemment sur Cuba, le Mexique et le reste des Caraïbes. La question du trafic de stupéfiants est une des raisons mineures, mais tout de même une raison importante et surtout un prétexte pour attaquer l’armée vénézuélienne, qui est en grande partie maintenue économiquement par le commerce de la cocaïne qui provient de la Colombie et de la Bolivie », explique Jonathan Alpeyrie, auteur de l’ouvrage Guerres de la drogue.
Fin de la mondialisation ?
Ce retour au rapport de force, suivant une logique westphalienne signifie-t-elle pour autant une fin de la mondialisation ? « Elle est terminée en ce sens où elle a arrêté sa progression mais il y aura toujours des rapports, des liens importants entre tous les pays à l’échelle mondiale, grâce aux technologies et au commerce notamment. »
Quant à l’Europe, le continent reste relativement isolé par rapport à tous ces changements que l’on observe dans le monde entier. « Par exemple, les États-Unis ont vraiment amorcé leur repli face aux Européens et on voit bien qu’au niveau de l’Union européenne, c’est « panique à bord », parce que les dirigeants ont perdu l’habitude de souveraineté. Donc l’Europe est l’une des grandes perdantes de cette histoire. »
Pour le moment, Donald Trump est divisé entre une volonté de se replier sur le continent américain et une forte influence néo-conservatrice, menée par la volonté de ne pas abandonner des alliés présents hors de la zone d’influence directe des États-Unis, comme Israël par exemple.
Drogue et sécurité : de l’Amérique du Sud à l’Europe du Nord
Le trafic de stupéfiants suit une logique de mondialisation et de géopolitique avec une imbrication de nombreux facteurs. « Les groupes criminels qui opèrent en Hollande ou en Belgique sont constitués de bi-nationaux, belge et marocain pour la plupart. Le commerce de shit était en provenance du Maroc, remplacé aujourd’hui par le commerce de cocaïne produite en Amérique du Sud. « Maintenant la cocaïne est la grande manne économique pour les grands groupes criminels qui opèrent et qui en produisent en Colombie et qui ont des liens avec les grands cartels mexicains, qui eux aussi ont des liens de plus en plus étroits avec les groupes criminels marocains. »
Le trafic de stupéfiants s’inscrit donc dans une logique de mondialisation informelle et illicite. « Il existe de grandes alliances de circonstances qui sont faites pour gagner des sommes complètement folles car le plus grand consommateur de cocaïne en Europe c’est la France », avec toutes les problématiques pour la sécurité du pays. « Nous sommes aujourd’hui en voie de balkanisation, avec environ 1200 zones de non-droit en France, dont 300 complètement islamisées. »
Signaux faibles. Les liens entre les groupes islamistes et les groupes criminels de la drogue sont déjà établis mais on pourrait voir venir une alliance plus forte, et plus dangereuse pour les pays européens, entre ces deux entités dans les années à venir. Il faut donc retenir le fait que les enjeux géopolitiques sont influencés par de grands mouvements internationaux, et la sécurité en France et en Europe dépend en grandes partie des routes de la drogue et des changements politiques et géopolitiques en cours.
Pour retrouver le livre : https://geditions.com/products/drug-wars-supply-and-demand
https://www.simonandschuster.com/books/Drug-Wars/Jonathan-Alpeyrie/9780972115247
Pour retrouver le travail du journaliste : https://jonathanalpeyrie.com









