Iran, Syrie, Venezuela. Quels points communs entre ces trois pays ? Quelles leçons tirer des événements qui s’y sont très récemment produits afin de renforcer la sécurité des entreprises françaises à l’étranger ? Bref, quels signaux faibles en tirer pour prendre des décisions fortes ?
Premier point commun, une évidence : une intervention militaire, ouverte ou masquée, de la première puissance mondiale, les États-Unis. En Iran, cette intervention est toujours en cours à l’heure où ces lignes sont écrites.
Deuxième point commun, facile à relever : un changement de pouvoir. Un régime honni, massacrant ses concitoyens, lié au terrorisme international, qu’il soit politique ou narco, est renversé en Syrie et au Venezuela, ou est en passe d’être mis à bas en Iran.
Troisième point commun, plus délicat à saisir. Une question : par quels dirigeants le régime en place est-il remplacé – cas de la Syrie et du Venezuela, ou pourrait-il l’être – cas de l’Iran ? Réponse : par des chefs tout aussi redoutables, sinon pires. Le Venezuela est ainsi dirigé par Delcy Rodríguez depuis la capture de Maduro par les États-Unis. Elle était auparavant la vice-présidente du dictateur, dont le fils joue aujourd’hui un rôle politique de premier plan. En Syrie, Ahmed al-Charaa, ancien djihadiste mal repenti, tient le pays d’une main de fer. En Iran, faisons le pari qu’à l’issue des bombardements américains et israéliens, un ancien chef des Pasdaran émergera des ruines pour s’installer sur le siège sanglant du Guide assassiné. Mais, à la différence de son prédécesseur, il saura mettre de côté ses sinistres ambitions pour se concentrer sur les confortables bénéfices de son clan.
Tenir un pays
Ces trois événements marquent une rupture nette avec la période historique précédente. Au début des années 2000, les interventions américaines en Afghanistan et en Irak visaient à exporter la démocratie. Avec le succès que l’on sait. L’objectif est désormais plus simple : installer des pouvoirs capables de tenir un pays, suffisamment affaiblis pour ne pas perturber les équilibres régionaux ou mondiaux.
Trois exemples en quelques mois : cela ressemble fort à une doctrine appliquée. Une doctrine forgée dans les influents think tanks de Washington, qui risque de s’imposer bien au-delà des lubies de Trump et d’être déclinée dans d’autres pays. On pense notamment à l’Asie centrale ex-soviétique, qui suscite un intérêt croissant dans certains cercles de la capitale américaine.
Les entreprises françaises doivent en tirer les conséquences. Lesquelles ? D’abord, cesser de rêver à des échanges avec des dirigeants locaux élus plus ou moins honnêtement, et se préparer à traiter durablement avec des autocrates. Ensuite, entretenir des contacts avec les pouvoirs en place et chercher à identifier ceux qui survivraient à une frappe ciblée des États-Unis. Enfin, approfondir la connaissance des structures sociales des pays concernés. L’ancienne doctrine consistait à importer des dirigeants. La nouvelle laisse le jeu social se dérouler librement. Simple ? À voir…
Pascal Junghans, président de Cerinec.



