Les élus deviennent des cibles
Dans son ouvrage, répondant aux questions de Jean-Jérôme Bertolus, l’ancien préfet de police de Paris revient sur l’importance de la violence dans la société qui s’étend de plus en plus jusqu’aux sphères institutionnelles. Celles-ci deviennent le réceptacle de la violence de la société et s’expriment de deux manières : contre les élus et contre les uniformes. « […] Les menaces de mort envoyées aux élus et aux personnalités publiques s’accroissent d’une manière vertigineuse », constate Didier Lallement. Ensuite, « […] l’uniforme n’est plus l’expression de l’autorité. À l’inverse, le porter représente un danger. Il fait de vous une cible. Le climat de violence est tel que les policiers sont régulièrement attaqués. Il n’y a plus de personnes en uniforme dans la sphère civile. Il y a trente ans, on en croisait fréquemment dans le métro ou dans la rue. Aujourd’hui, c’est fini. » Reste à savoir comment va se traduire cette violence rampante, ne risque-t-elle pas d’éclater ? Quelles en seront les conséquences ?
Un retour des Gilets Jaunes annoncé ?
L’augmentation du coût de la vie s’ajoute à un climat social déjà dégradé et pourrait conduire à un renouveau des Gilets jaunes dans les mois à venir. « Jaunes… Ou d’une autre couleur, peu importe. En tout cas, cette troisième manche est devant nous », assure l’ancien préfet de police de Paris. « Après les Gilets jaunes, il aurait fallu remettre immédiatement à niveau les unités chargées du maintien de l’ordre en y affectant massivement de jeunes policiers, ceux qui sortent des écoles. À l’inverse, on a choisi de saupoudrer les effectifs dans les commissariats – dix policiers à tel endroit, cinquante à tel autre. »
A la tête de la Préfecture de Police de Paris, Didier Lallement est connu pour son rôle et une attention particulière portée au maintien de l’ordre. Il a largement renforcé les policiers affectés à l’ordre public. « Je suis passé de quatre sections à six sections par compagnie chargées de l’ordre public, soit de quatre-vingts à cent vingt hommes. L’annonce d’un rehaussement au plan national a été faite dans les conclusions du Beauvau de la sécurité, mais, pour ma part, j’ai commencé d’y procéder sur Paris dès 2020. », rappelle-t-il.
« Un jour, je sais qu’il faudra de nouveau masser des effectifs devant l’Élysée »
Le climat social est tendu et la prochaine vague de manifestations pourrait « […] être pire que les Gilets jaunes », prévient Didier Lallement. « […] tous les clignotants d’un débordement par la rue sont au rouge. Tout y concourt : la situation politique, la situation sociale, la situation économique. Quel sera le prochain détonateur ? Les retraites ? L’inflation ? »
Quant aux forces de police mobilisées sur des missions de maintien de l’ordre, elles seraient plus faibles qu’elles ne l’étaient lors de la période des Gilets jaunes. « La capacité pouvant être dégagée pour l’ordre public par les unités mobiles est aujourd’hui plus faible qu’elle ne l’était hier. Elles sont occupées en outre-mer, en Corse et sur les frontières. Or l’ordre public demande une mobilisation significative pour toujours avoir un rapport de forces favorable. Par rapport à 2019, on est plus forts en tactique et en doctrine, mais plus faibles en effectif », alarme-t-il.
Alors que la rentrée s’annonce mouvementée, la date du 10 septembre est déjà annoncée comme une date de mobilisation populaire à l’appel de plusieurs organismes et responsables politiques et associatifs. Un nouveau détonateur en vue ?
Par Simon DOUAGLIN









