Un des acteurs les plus importants mais aussi les plus menacés de l’organisation de la sécurité publique en France est le maire. Il est la personne élue dotée des pouvoirs les plus importants. Il enregistre les naissances et les décès, il dispose d’une police, il délivre les permis et autorisations qui vont structurer la vie du territoire sur lequel il règne. Maintenant centre de toutes les attentions le maire est aussi la cible de toutes les tensions sociales qui peuvent se manifester sur sa ville. La composante politique n’est bien évidemment pas absente de cette situation ou les décisions de l’édile sont pesées au trébuchet des opinions et oppositions, mais il faut aussi reconnaitre que depuis quelques années ce qui n’étaient que des conflits mineurs ou de l’incivisme occasionnel ont pris une violence et une gravité jusqu’alors inconnues.
Entre 2021 et 2022, le nombre de signalements et plaintes pour agressions contre des élus – principalement des maires – est passé de 1 720 à 2 265, soit une hausse de 32 %. Puis, en 2022, une nouvelle augmentation de 15 % a été enregistrée. En 2023, on estime plus de 2 500 incidents, incluant menaces, injures, lettres anonymes, cyberharcèlement, jusqu’à l’utilisation de violence physique.
Une enquête du Cevipof et de l’AMF révèle que 69 % des maires ont subi des incivilités, 39 % des injures ou insultes, et 27 % des attaques sur les réseaux sociaux. Les violences physiques restent rares mais des cas comme incendies criminels, menaces de mort, coups sont dénoncés.
Les causes de ces agressions sont multiples. Des conflits locaux : opposition à des projets (accueil de migrants, aménagements publics) a déclenché des menaces et actes violents, comme dans l’affaire du maire de Saint-Brévin-les-Pins après l’incendie de sa maison. La multiplication et la désinhibition des violences verbales et discriminations : les maires et leurs proches sont parfois victimes de propos racistes, homophobes, misogynes. Exemple : Boris Venon (Les Mureaux), victime d’insultes et menaces de mort, a démissionné après onze agressions. La création de climat délétère sur les réseaux sociaux et tension sociale : remarques violentes sans filtre, amplification des conflits anonymes. Des fractures sociétales : montée des incivilités depuis les crises successives (gilets jaunes, Covid‑19, retraites)
Depuis juin 2020, environ 1 300 maires ont démissionné – soit une hausse de 30 % par rapport au mandat précédent. Un autre bilan fait état de 1 293 démissions au printemps 2023. Sur deux à trois ans, ce chiffre atteint 2 400 à 2 600 démissions.
Il ne faut pas se tromper et prendre à la légère cette situation. La multiplication des démissions alimente un risque de « fracture démocratique » : difficulté à recruter des candidats, municipalités instables, baisse de la confiance citoyenne. On observe déjà des réticences à constituer des listes dont les conditions de parité et d’alternance (une femme – un homme…) ne sont pas toujours aisées à satisfaire faute de candidats qui acceptent de s’engager.
On peut bien évidemment prendre des mesures qui viseraient à protéger les maires, renforcer la protection juridique et sécuritaire des élus, revaloriser le statut des élus (indemnités, crédit d’heures), mettre en place un soutien psychologique et des formations tout en s’interrogeant sur la pertinence de telles dispositions qui font du maire non pas le dénominateur commun des intérêts locaux mais le bouc émissaire rêvé de toutes les frustrations et crispations municipales. Je souhaite bien du plaisir aux candidats aux municipales 2026.







