Policier de la BAC et interpellation matinale
Après un parcours classique au sein de la Police nationale, Alexandre Vigier a rejoint la BAC, spécialité GSO. « J’étais policier à la BAC d’Argenteuil. Nous étions spécialisés dans la prise en charge de véhicules. La délinquance était variée, entre la partie rurale, la criminalité et le trafic de stupéfiants. »
En soutien des unités de police secours, « la BAC est une sorte de couteau suisse, avec des missions d’appui et de soutien, sans obligation de réaliser des contrôles fixes », confirme-t-il. « La BAC c’est la chasse, contre le trafic de stupéfiants, contre les vols avec violence. Le cœur du métier est basé sur la répression de la petite délinquance. »
Une mission particulière était dévolue à cette unité. « Le GSO était une spécialité permettant de réaliser des interpellations à domicile dans le cadre d’enquête judiciaire, pour éviter le recours à des unités telles que le RAID ou la BRI », ajoute Alexandre Vigier.
La police nationale, une police modèle ?
Le savoir-faire français en matière de police et de sécurité publique est reconnu dans le monde entier. « La police française est un modèle pour former d’autres polices du monde. Avec un vrai professionnalisme, c’est une véritable police républicaine. Même s’il peut y avoir des débordements à la marge, le modèle reste largement une source d’inspiration pour de nombreuses polices dans le monde. »

Par exemple, « la police brésilienne se forme au maintien de l’ordre auprès de la police française, la police américaine envoie des officiers pour se former en police judiciaire. Par ailleurs, la première police scientifique a été mise en place en France. Nous disposons d’un professionnalisme que les Français ne voient généralement pas », explique le policier. « En matière de technicité, la Police nationale a un niveau très élevé, notamment en ce qui concerne les techniques d’interpellation. Le problème ne vient pas de la police mais de l’extérieur de la profession car la police agit selon des politiques sécuritaires strictes et encadrées. »
Pour preuve, de nombreuses polices étrangères ne se comportent pas de manière aussi professionnelle que la police française. « On peut observer des comportements extrêmement graves de la part d’autres polices du monde comme aux États-Unis où le taser est utilisé abusivement ou encore au Brésil où la violence est débridée. Il m’est arrivé de faire des patrouilles avec des policiers qui mettent un sac plastique sur la tête d’un trafiquant de drogue. » La situation est très différente dans l’Hexagone. « En France, nous sommes arrivés dans un schéma où la police n’est plus crainte, comme dans l’exemple de l’affaire Nahel, car la réponse pénale n’est plus adaptée. »
La Police nationale a beaucoup évolué dans sa pratique, notamment d’interpellation. « Quand je suis rentré dans la police nationale, il m’est arrivé de voir des anciens interpeller un individu en lui mettant un coup de poing. » De même, l’équipement du policier a largement évolué et s’est drastiquement renforcé. « Avant, nous avions juste une chemise et une arme à feu, aujourd’hui le fonctionnaire de police est équipé comme un porte-avion. » Témoignage d’une dégradation de la situation sécuritaire du pays ?
Pourquoi écrire ce livre ?
En plus de son engagement de policier, Alexandre Vigier est aussi auteur du livre Renfort collègue. « J’ai écrit ce livre suite au suicide d’un ami : Christophe, après une nuit de travail et sans n’avoir rien dit à personne, il est parti sans dire un mot. Il a fumé plusieurs cigarettes avant de retourner son arme contre lui, dans sa voiture. Ce fut un véritable drame. A la suite de cet événement tragique, l’unité de la BAC a été dissoute et les policiers ont été répartis dans d’autres unités. »
Plusieurs explications sont émises pour expliquer ce geste. « La police française est l’une des plus mal payées d’Europe. En ce qui concerne Christophe, il était célibataire géographique, il vivait loin de sa femme et de ses enfants. Les conditions de travail sont souvent dégradées, avec des problèmes de matériel. Avec 42 suicides de policier par an, il s’agit d’une véritable hécatombe. Qu’est ce qui a été mis en place depuis ? », questionne le policier. « Lors de son enterrement, son fils est venu me voir et m’a demandé pourquoi son père avait eu ce geste. Je suis resté sans mot. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à mon collège Christophe », confie-t-il.
Dernier élément, « on évoque souvent le syndrome post traumatique pour les militaires mais jamais pour les policiers, qui sont pourtant, constamment confrontés à des situations de violence », précise Alexandre Vigier. Et de conclure : « Ce livre a été écrit sous la forme d’un roman, non pas avec une volonté de faire du tragique ou de critiquer l’institution mais bien pour alerter. Il faut que les gens sachent ».
Simon DOUAGLIN









