Préfet Lallement : violence, Gilets jaunes et péril républicain

21 juillet 2025 | Évènements, Livres

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Préfet Lallement : violence, Gilets jaunes et péril républicain

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Célèbre pour avoir organisé le maintien de l’ordre contre les Gilets Jaunes en tant que Préfet de police de Paris de 2019 à 2022, le préfet Lallement sort du silence avec un livre d’entretiens : L’ordre nécessaire. Maintien de l’ordre, Gilets jaunes, violences policières, désarmement de la police, ordre républicain sont autant de sujets abordés par le préfet Lallement, répondant aux questions de Jean-Jérôme Bertolus. Rencontre.

Un préfet trotskiste ?

Citant Léon Trotsky lors de la présentation de ses vœux en 2021, le Préfet Lallement avait alors ouvert une polémique. « On m’a désigné du doigt comme un préfet trotskiste. Même si j’ai beaucoup lu sur le fondateur de l’Armée rouge, je ne suis pas trotskiste, et je ne l’ai jamais été, contrairement à tant d’autres. » Et d’ajouter : « Par cette citation, extraite de ses écrits militaires, je souhaitais signifier que l’ordre n’est pas l’émanation d’une classe dominante asservissant le reste de la société – comme le professent des agitateurs de salon –, mais qu’il est, y compris chez des révolutionnaires, le fondement de l’organisation sociale et du progrès. »

En tant que Préfet de police de Paris, Didier Lallement a toujours affirmé son attachement à l’état de droit et à l’ordre républicain. « Mon ordre n’est bien sûr pas trotskiste mais républicain », souligne-t-il.

Pour l’ordre républicain

Certains mouvements politiques ou associatifs sont férocement engagés contre les armes, y compris de la police, sans se rendre compte des conséquences. « Quand j’entends qu’il faudrait désarmer la police, je me dis que certains cèdent à une vision irénique de la société. S’ils arrivent à leur fin, ils n’auront que désordre et chaos. L’ordre républicain est nécessaire à l’harmonie sociale. Il est aujourd’hui menacé par l’absence de cohésion du pays et par l’affaissement du système démocratique », confie le préfet Lallement.

Toutefois, l’ordre républicain s’effrite à mesure que le pouvoir d’achat, le chômage et le climat social se dégradent. « Le délitement touche tout le système. Les dirigeants sont élus par un pourcentage toujours plus faible de votants, et leurs opposants s’appuient sur ces faibles résultats pour contester le principe de leur élection. Les partis politiques et les syndicats s’effondrent. L’école ne forme plus des citoyens mais des consommateurs. » Ce délitement se traduit par un renforcement de l’opposition, souvent dans la rue. « La contestation n’a plus de force propulsive. C’est une insurrection molle », ajoute l’ancien préfet.

 

 

Une contestation et l’ombre des Gilets Jaunes

Quel regard porte l’ancien préfet sur le mouvement des Gilets Jaunes, qui a marqué le premier quinquennat d’Emmanuel Macron ? « Les Gilets jaunes ont été incapables de s’organiser. Ils s’en sont pris systématiquement à tous les leaders qui émergeaient en leur sein. Cela dénote un refus presque instinctif du collectif. Il n’y a plus de manifestants, mais des foules. Plus de slogan revendicatif mais une somme de révoltes individuelles, avec souvent la violence comme seul objectif et comme seule identité, faute de capacité à formuler un programme politique », partage-t-il, en réponse à une question de Jean-Jérôme Bertolus.

La question des Gilets Jaunes amène la question de la violence, de la contestation et du dialogue en période de troubles. « Si tous les individus qui cassent et sèment le désordre étaient des bolcheviks… Des gens convaincus qu’une minorité peut faire le bonheur du peuple en prenant le pouvoir par la violence… Pourquoi pas. Ça se combat, mais ça se discute ! Or, la violence est aujourd’hui vide de sens. Alors elle se combat, elle ne se discute pas », partage Didier Lallement.

Une violence débridée

A la tête de la Préfecture de police de Paris, l’ancien Préfet Lallement a constaté une recrudescence du phénomène de violence. « La violence est devenue systématique et ne cesse de s’amplifier. Je l’ai constaté dans tous les compartiments de la vie quotidienne. Sur la voie publique, dans la contestation sociale, dans les rapports familiaux, dans l’action délinquante. Les atteintes aux biens baissent, mais la violence augmente. »

L’ancien préfet dépeint un tableau relativement sombre d’une violence débridée au sein de la société. Selon lui, « il n’y a plus une seule interpellation qui se passe bien. Plus personne n’obtempère. Il faut avoir systématiquement recours à la force physique dans l’action de police. Délinquants ou simples citoyens : peu se soumettent à l’injonction publique. Ceux qui le font ont l’impression, à juste titre, d’être des exceptions. À l’inverse, quand une personne se fait agresser dans la rue, plus personne n’intervient », observe-t-il.

Violence, rôle du politique, retour des Gilets jaunes, climat social, au fil des 270 pages de l’ouvrage, l’ancien préfet continue de se confier sur son rôle à la tête de la Préfecture de police de Paris et sur sa vision de l’état du pays à venir. D’autres réponses à venir dans un prochain article.

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