Eurosatory 2026 : la sécurité intérieure au cœur du plus grand salon européen de défense
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Photo : Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, lors de sa visite au salon Eurosatory à Villepinte en juin 2026

Eurosatory 2026 : la sécurité intérieure au cœur du plus grand salon européen de défense

par | Innovation/international, Sécurité intérieure, Sécurité Privée

Du 15 au 19 juin, s'est tenu le salon Eurosatory 2026, premier rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité terrestres. Drones, blindés, robots : derrière la démonstration de puissance technologique, une même question a parcouru les allées. Celle de la frontière, toujours plus poreuse, entre défense militaire et sécurité intérieure. Forces d’élite en action, nouveaux véhicules d’intervention, accord de réarmement européen : retour sur cinq jours qui dessinent l’avenir des métiers de la sécurité.

L’édition 2026 d’Eurosatory s’est tenue dans un contexte stratégique tendu.Au menu des plus de 2 600 exposants, venus de 68 pays, et des 350 délégations officielles ? intelligence artificielle, drones et robotique. La course technologique impose à tous les acteurs de la défense et de la sécurité de rester à jour, sous peine de décrochage.

De nouveaux venus se sont pour la première fois montrés à Villepinte. Des entreprises venues du Chili, d’Islande, du Liechtenstein, de Malte, du Maroc, du Nigéria, d’Ouzbékistan et du Vietnam. Mais c’est surtout l’Ukraine qui a occupé une place de premier plan : 80 exposants, contre 5 seulement en 2024, présentant une large gamme de drones déjà éprouvés sur le terrain ou en cours de développement. Un engagement scruté de près, tant le conflit avec la Russie accélère la prise de conscience des acteurs français et européens en matière de conflit armé asymétrique.

Forces d’élite : le grand show des unités d’intervention

Dans une zone extérieure de 20 000 m², des démonstrations ont mis en scène les unités d’élite françaises : BRI, RAID, GIGN, gendarmerie mobile et armée de Terre. Combats urbains, protection de personnalités, interpellations à haut risque, chaque scénario reproduisait des situations critiques opérationnelles.

La BRI a déroulé une opération de filature menée en véhicules banalisés, prolongée par l’interception d’un convoi et l’interpellation de suspects armés, avec l’appui d’un blindé léger et d’un drone. Une séquence qui illustre l’imbrication, propre au modèle français, entre surveillance, interpellation et suite judiciaire.

Le GIGN, de son côté, a présenté un scénario plus dur. L’exfiltration d’un diplomate sous bombardement, doublée d’une prise à partie ciblée, à bord d’un véhicule blindé Arquus, du type de ceux engagés lors des attentats de 2015. À leurs côtés, le groupement blindé de gendarmerie mobile, implanté à Satory, a confirmé son statut de composante blindée nationale.

« The Raven » et Laurent Nuñez

La dimension internationale du salon n’efface pas les enjeux de sécurité intérieure. À l’occasion de sa visite, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a salué le travail des industries de sécurité et de défense « qui travaillent aujourd’hui au bénéfice du ministère de l’Intérieur ». Objectif affiché : renforcer les capacités opérationnelles des agents et garantir un service public de qualité.

Côté matériel, l’entreprise bretonne Centigon France, installée à Lamballe-Armor, a dévoilé The Raven, un véhicule d’intervention blindé reconnaissable à sa robe noire. À la suite d’un appel d’offres du ministère de l’Intérieur, cette PME spécialisée dans le blindage, présente dans plus de soixante pays, a décroché un contrat-cadre portant sur onze véhicules destinés au RAID et à la BRI, dont les premières livraisons sont attendues en 2027.

Pensé pour l’antiterrorisme et la lutte contre le grand banditisme, suffisamment compact pour évoluer dans les rues étroites des centres-villes, The Raven illustre la montée en gamme des forces d’intervention françaises. Il confirme aussi le poids d’une base industrielle nationale qui équipe l’ensemble des acteurs de la sécurité intérieure.

L’accord SAFE, ou le réarmement européen en toile de fond

En marge du salon, Catherine Vautrin, ministre des Armées, et Roland Lescure, ministre de l’Économie, ont signé le 17 juin un accord de prêt de 15,1 milliards d’euros au titre de l’instrument européen SAFE. Un dispositif communautaire permettant aux pays de l’Ue de financer le renforcement de leurs capacités de défense. Les autres signataires ? Les commissaires européens Andrius Kubilius (Défense) et Piotr Serafin (Budget)

Ce prêt, à rembourser intégralement mais à taux préférentiel, doit financer 29 projets d’armement et six programmes de recherche et spatiaux. « Dans une logique de préférence européenne, SAFE favorise les acquisitions conjointes entre États membres », a souligné la ministre des Armées. La France se classe au troisième rang des emprunteurs du dispositif, derrière la Pologne et la Roumanie.

Au terme de ces cinq jours, un constat s’impose : la frontière entre défense militaire et sécurité intérieure n’a jamais semblé aussi ténue. Drones, blindés, robotique et intelligence artificielle irriguent désormais les deux mondes, des champs de bataille aux opérations d’interpellation.

Simon Douaglin 

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