La DRSD face aux ingérences étrangères

25 octobre 2025 | Services de renseignement

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La DRSD face aux ingérences étrangères

par | Services de renseignement

Ingérence & prédation. Dans un contexte de tensions internationales accrues, les prédations se cristallisent au niveau économique et au niveau des entreprises, de la Défense en particulier. Dans la lettre d’information économique (LIE) N°20, de Juillet 2025, la DRSD dresse un "Panorama des ingérences à l’encontre de la sphère de Défense en 2024". Quels sont les tentatives d’ingérences étrangères ? D’où viennent-elles ? Comment agissent les attaquants ? Quelles sont leurs cibles ? Autant de question à approfondir pour défendre le patrimoine industriel et économique français. Parmi tous les secteurs de la BITD, « l’aéronautique et le spatial » représentent le secteur le plus visé en 2024 par les prédations étrangères. Pour le reste, le nombre d’ingérences reste élevé mais stable par rapport à l’année 2023. Par ailleurs, les attaques se concentrent sur les technologies novatrices, à l’image du quantique ou de l’intelligence artificielle, de même pour le secteur des drones et des fonds marins, secteurs dont la France se démarque largement par son avance par rapport à ses concurrents.

Le vecteur humain

La faille humaine est l’une des failles principales utilisées par les auteurs d’ingérences. « Le nombre d’atteintes dites « humaines » (chantage, faux entretiens de recrutement, vols d’ordinateurs, tentatives de débauchage, etc.) n’a cessé de croître ces dernières années. Cette tendance se confirme en 2024 (36 % des atteintes) bien qu’en proportion plus faible par rapport à l’année 2023 (45 %) », souligne la LIE.

Le secteur de la recherche est particulièrement touché via la pénétration des universités. « Certains compétiteurs étatiques mettent ainsi en oeuvre des stratégies complexes d’acquisition de savoir-faire via des débauchages ciblés ou l’envoi d’étudiants dans des laboratoires et programmes de recherche sensibles. La Chine privilégie plus particulièrement ces modes d’actions afin de cibler les centres de recherche liés à la sphère de Défense et les marchés des technologies de l’information et de la communication, tous porteurs d’innovations. »

Attaques physiques et menace cyber

Les menaces physiques peuvent prendre plusieurs formes : « intrusions, dégradations d’enceinte/sabotages, surveillances de sites ». Pour illustrer ce cas, la DRSD prend l’exemple du sabotage d’une usine de drones par des membres de l’ultra-gauche. « Au-delà du préjudice économique immédiat, de tels incidents peuvent avoir des conséquences financières durables, en raison de l’arrêt de la production qui en découle. » Et les attaques physiques représentent souvent une porte d’entrée au sein des systèmes d’information. « En 2024, les attaques cybernétiques ont augmenté de moitié par rapport à l’année précédente. Elles sont, dans leur grande majorité, perpétrées par l’écosystème cybercriminel qui a conservé ses vecteurs d’infection classiques pour pénétrer les systèmes d’information de ses cibles dans l’industrie de Défense », indique la DRSD (LIE). Si les groupes agissants sont souvent d’origine criminelle, leur motivation répond souvent à des enjeux géopolitiques. « Comme en 2023, ces groupes ont cherché à porter atteinte aux sites internet institutionnels des sociétés françaises impliquées dans la fourniture d’armes aux forces armées ukrainiennes », précise la DRSD.

Défendre le savoir-faire

La multiplication de ces attaques peut être assimilé à un travail de sape : faisant suite à une volonté de destruction et de déstabilisation mais l’objectif peut aussi être l’obtention de gains économiques ou technologiques. « Les secteurs concernés sont ceux particulièrement innovants des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et d’autres technologies stratégiques. Ce constat impose un contrôle accru du ministère de l’Économie et des Finances, accompagné par les autres services de l’État, afin de se prémunir d’éventuelles captations de savoirs et savoir-faire », témoigne la DRSD.

Instrumentaliser le droit

Les entreprises françaises sont parfois amenées à travailler avec – ou dans – les pays étrangers au sein desquels le droit et les lois peuvent être instrumentalisés à des fins stratégiques et de prédation. Dans ce cas, il convient de se prémunir contre d’éventuelles conséquences, qui peuvent aller jusqu’à la parte d’éléments stratégiques pour l’entreprise : marché, savoir-faire, production, etc. Les deux principales menaces sont la Chine et les États-Unis, dont l’affaire Alstom représente une affaire symptomatique.

Attaquer la réputation

L’essor du numérique, des réseaux sociaux et des canaux de communication renforce l’enjeu d’apparence, d’image et augmente la surface de vulnérabilité face aux infox et autres opérations de déstabilisation informationnelle. « En 2024, les attaques des mouvances antimilitaristes et pro-palestiniennes se sont intensifiées. Les modes opératoires auxquels ont recours les activistes antimilitaristes ou anarchistes révèlent des organisations et des capacités de ciblage toujours plus structurées », rappelle la LIE.

« Ainsi, l’année 2024 s’est caractérisée par un nombre élevé et constant d’atteintes à l’encontre des entreprises de notre base industrielle et technologique de Défense (BITD). La diversité de ces ingérences, telles que décrites dans ce numéro de la Lettre d’information économique (LIE), accroît la nécessité de poursuivre nos actions au profit de l’ensemble des acteurs économiques et industriels qui concourent à la Défense nationale », indique, en conclusion, le Général de corps d’armée, Philippe Susnjara, directeur de la DRSD.

Simon DOUAGLIN

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